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L'ÈRE DE L'ANTHROPOCÈNE

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L'ÈRE DE L'ANTHROPOCÈNE

Message par cpqt le Mer 03 Jan 2018, 20:56










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PENSER L'ANTHROPOCÈNE

Message par cpqt le Mar 01 Mai 2018, 20:51

Penser l'anthropocène
Si l’Anthropocène signifie que tout change, par quel bout le saisir ? Géologues, biologistes, historiens, anthropologues, politologues et philosophes ne s’entendent pas forcément sur les priorités.
On vous l’a dit et peut-être même répété : l’Anthropocène est arrivé et le sort de la Terre est entre les mains de l’espèce humaine, dont l’empreinte écologique est devenue si forte qu’elle modifie nécessairement le devenir de la planète. L’Anthropocène se lit en chiffres : 7 milliards d’humains, la moitié des terres émergées anthropisées, les réserves d’eau menacées, disparition en quarante ans de la moitié des mammifères, taux de gaz carbonique et d’azote terrestre inégalés, et surtout + 0,85° C de température mondiale depuis un siècle, et 2° C annoncés. L’Anthropocène c’est un futur menaçant, bien au-delà du seul changement climatique, et une responsabilité, celle de l’homme qui, croyant œuvrer au progrès, n’a pas mesuré les effets irréversibles de son action sur la nature. On vous l’a dit, et vous l’avez peut-être accepté sans discuter. Or, ce livre édité par Rémi Beau et Catherine Larrère vient à point rappeler que, du côté des spécialistes, on est rarement d’accord sur le sujet.
Et cela commence par des questions de datation. Le terme Anthropocène a été promu en 2000 par deux géochimistes, Paul Crutzen et Eugene Stoermer, pour qualifier la période qui, selon eux, commence avec le machinisme : symboliquement, ils ont retenu 1784, année où James Watt brevette la machine à vapeur. Cette date, emblématique de la révolution industrielle, est souvent retenue, car annonciatrice de la modification de la composition de l’atmosphère.
Mais d’autres spécialistes, considérant qu’après tout l’humanité avait commencé bien plus tôt à modifier son environnement, préfèrent confondre son début avec celui de l’agriculture et l’élevage, il y a environ 12 000 ans. Dans ce cas, l’Anthropocène ne serait qu’une manière, un peu plus parlante, de rebaptiser l’Holocène (ou « époque récente »). À ceux-là, l’anthropologue Philippe Descola répond dans ce volume qu’il ne faut pas confondre anthropisation et Anthropocène : dans un cas, on désigne des transformations locales et souvent réversibles, dans l’autre, le changement est planétaire et irréversible. Or, le plus évident des événements historiques reliant les activités humaines à un tel changement, reste bel et bien ce phénomène qu’on a appelé « capitalisme industriel, révolution thermodynamique, technocène, modernité ou naturalisme », qui commence vers 1750, et démultiplie sa croissance au milieu du 20e siècle. Pour autant, l’affaire n’est pas réglée.
Car, rappellent Simon Lewis et Mark Maslin, la fixation des époques géologiques n’est pas fondée sur des considérations historiques, mais stratigraphiques, raison pour laquelle, officiellement, nous vivons encore en plein Holocène. Pour déclarer ouvert l’Anthropocène, encore faut-il trouver, dans la roche ou dans la glace, des traces indubitables de l’impact des activités humaines sur l’atmosphère terrestre. C’est ce qu’ils tentent de faire dans ce volume, en relevant deux évènements : la chute, inscrite dans les glaces de l’Antarctique, du taux de CO2 atmosphérique au début du 17e siècle, et le pic de retombées de radionucléides des années 1960. La première correspond, expliquent-ils, à la quasi-disparition des populations d’agriculteurs amérindiens consécutive à la conquête. Le second, aux essais atmosphériques d’armements nucléaires, interdits par la suite. Ils retiennent donc deux dates, 1610 et 1964, comme « clous d’or » (c’est ainsi que l’on appelle ces marqueurs temporels géologiques), l’un de l’Anthropocène, l’autre de la grande accélération du milieu du 20e siècle. On ne saurait être plus précis mais, étrangement, aucune de ces dates ne renvoie à une cause de réchauffement climatique, emblème s’il en est un de l’Anthropocène. Alors, faut-il se passer de l’avis des géologues ?
En 2009, l’historien Dipesh Chakrabarty développait, dans un article remarqué, l’idée que l’Anthropocène désignait la convergence de l’histoire de la planète avec celle de l’espèce humaine, non pas tant sous l’angle de sa responsabilité, que celui d’une prise de conscience commune. Or, ce qui peut passer pour une évidence est en fait l’objet d’une virulente querelle de noms, et surtout d’idées sous-jacentes. Demandez-vous, s’exclame Alf Hornborg, qui a transformé l’atmosphère et le milieu terrestre : l’espèce humaine tout entière ? Certainement pas. Juste une fraction de l’humanité, « une clique d’hommes britanniques blancs et leurs moteurs à vapeur ». L’Anthropocène ne serait donc que le masque scientifique du capitalisme occidental, et serait mieux nommé Capitalocène, Occidentalocène, ou même Anglocène… Ce qui, pour les responsabilités et les politiques à venir, suggère que le pollueur devrait aussi être le payeur : question de justice. Mais ce retour accusateur sur l’histoire inégale de la modernité est à son tour critiqué par d’autres qui, comme le philosophe Clive Hamilton, soulignent qu’il se joue avec l’Anthropocène « quelque chose de plus grand que le procès du capitalisme » et de l’Occident. Ne serait-ce qu’au vu de l’émergence d’économies hautement polluantes comme celles de la Chine, de l’Inde ou du Brésil, seule une politique mondiale est à la hauteur du risque. L’Anthropocène signifie d’ailleurs autant l’échec du consumérisme que sa conséquence. Insister sur l’inégalité des fautes ne ferait que perpétuer la division du monde face à un phénomène reconnu comme global, et ne mènerait à aucune solution. Reste que le discours anthropocénique essuie encore d’autres critiques. Comme le relève Catherine Larrère, l’Anthropocène est, par construction, anthropocentrique. Mais que signifie mettre l’Homme au centre de l’époque planétaire ? Là-dessus, encore, les interprétations divergent.
La perception la plus courante de l’Anthropocène est celle d’une menace faite de destructions environnementales et de changements climatiques aux effets si complexes qu’on ne peut en mesurer l’échéance. Mais personne, à part quelques catastrophistes convaincus, n’imagine de rester inactif face à un tel avenir. Pour autant, comme le relève Dominique Bourg, les postures sont loin de se rejoindre. Il en distingue trois : le transhumanisme, l’écomodernisme et l’écologie postmoderne. Réduisons-les à deux : d’un côté, la conviction que « plus de progrès et plus de richesse finiront par résoudre les problèmes ». C’est la posture de ceux qui imaginent l’Anthropocène comme une ère de maîtrise accrue de la planète par l’homme : géoingénierie, piégeage du carbone, protection des espèces sauvages, dépollution des eaux, réduction des naissances, le tout par des moyens hautement techniques devrait permettre à l’humanité de conserver le même mode de vie, en continuité avec l’ère moderne.
L’autre parti, c’est celui de la décroissance, du renoncement aux hautes énergies, de la simplicité volontaire, de la conclusion d’un nouveau « pacte » avec la nature défendue par Bruno Latour, en somme d’une réduction drastique de l’emprise humaine – y compris démographique – sur la Terre. C’est la solution inverse de la première, celle de l’humilité qui, malgré ses évidentes difficultés de mise en œuvre, semble animer les auteurs de ce recueil plus souvent que la précédente.
Voilà donc, résumés en peu de mots, à peine quelques-uns des grands débats soulevés par l’irruption de l’Anthropocène sur la scène de l’histoire planétaire, dont on appréciera plus en détail les multiples ramifications et sorties possibles en lisant, d’un bout à l’autre, ce très précieux volume issu d’un colloque de 2015, à la veille de la Cop21 qui s’est tenue à Paris.
Source : Nicolas Journet - Mai 2018
https://www.scienceshumaines.com/penser-l-anthropocene_fr_39559.html
Penser l’Anthropocène, Rémi Beau et Catherine Larrère (dir.), Presses de Sciences Po, 554 p.

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