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Actualité (France) le Dim 10 Aoû 2008, 10:52
Cyrille C.
Admin

Fouiller dans un environnement hostile
Source : www.clicanoo.comArchéologie. Alexandra Barbot s’est fait une spécialité des fouilles sub-aquatiques. Du Rhône aux quarantièmes rugissants la jeune femme a un seul mot d’ordre : faire découvrir au grand public les trésors jalousement conservés par la grande bleue.Un trésor peut prendre toutes les formes. Pour certains, ce sera une montagne d’or, voire quelques sesterces, pour d’autres, la coque d’un navire, sur lequel subsistent quelques lettres, car pour l’archéologue, le trésor, c’est l’indice historique. En 2007, sur un site d’épaves peu loquace, avec pas grand-chose d’intéressant à se mettre sous la palme, elle découvre tout à coup sur le bordé une inscription romaine, « c’était le nom du propriétaire. Là, on n’est plus dans l’histoire mais dans l’aventure humaine. C’est ce qui me motive, ces moments à vivre et ces histoires à raconter. » L’attrait de la mer, c’est toute petite qu’elle le vit, « Je suis d’une famille de navigateurs. Un jour, un ami de mes oncles est mort en mer, cela a changé ma perception des choses. Je me suis dit que la mer happait beaucoup de choses, qu’on ne la maîtrisait pas, qu’elle avait sa vie propre et j’ai eu envie d’aller voir dessous, connaître des naufrages et des explorateurs des mers ».
Si on rajoute la passion de l’histoire des civilisations, on en vient vite à un constat : cette passion doit mener une vie. « Chacun a son propre trajet pour arriver là, mais le plus classique c’est la fac à la Sorbonne en complétant par beaucoup de campagnes d’été, où l’on pratique des fouilles en tant que bénévole sur du Gallo Romain ou du médiéval. Chaque époque a sa méthodologie. C’est très formateur. »
Cette formation reste généraliste alors qu’il n’y a pas de secret : il faut se spécialiser. On complète donc par des études d’histoire de l’art ou d’histoire, « Les deux, c’est encore mieux, c’est un atout majeur, une fois passé la licence, on entre dans le vif du sujet. Il ne faut pas oublier que l’archéologue lit entre les lignes de l’histoire ». Il travaille sur les traces laissées par l’homme au cours de sa vie, dans son époque, sur ses lieux de vie, quand l’historien travaillera sur une époque plus récente, forcément, il lui faut des traces écrites, des documents à confronter. L’historien n’est pas archéologue, l’inverse est également valable.
« Au départ, je voulais être égyptologue, mais je me suis aperçue que ce n’était pas possible : soit j’avais une spécialité en philologie, soit j’étais architecte. Par exemple, en France, les responsables du site de Carnac prendront plus facilement un architecte. De plus en plus, de toute manière, archéologie et histoire sont séparées ». L’archéologue est à présent un homme de terrain. « L’Inrap (1) emploie des archéologues pour des fouilles de sauvetage. Ce sont des techniques de fouilles très spécifiques, on récupère des objets qu’ensuite on donne aux spécialistes d’une époque ou directeur de mission, souvent des historiens de l’art ou des profs de fac ayant beaucoup publié ».
Mais ces fouilles terrestres ont un inconvénient majeur, « Sur un site romain, on peut également trouver du médiéval car le terrain n’est pas fiable. La géologie et les différentes manipulations des hommes peuvent perturber la stratigraphie d’un terrain (différentes strates d’un sol auxquelles correspondent des époques censées se superposer) Un peu comme si, sur les lieux d’un crime, on fouillait en effaçant les empreintes digitales », de multiples occupations, souvent dévastatrices. « Une épave sous-marine, c’est un contexte fermé, l’époque est préservée et vierge. Ce qui perturbe, ce sont les conditions de fouilles. » Pour se faire une idée, il faut comprendre que l’équivalent d’une fouille de deux mois sur terre peut aller jusqu’à trois ans en mer. « Sous l’eau, on utilise des techniques de pointe qui nous permettent de pallier cette perte de temps, par exemple de prendre des photos à plusieurs dimensions, quand, sur terre le topographe utilise simplement un téodolythe. Il ne faut jamais oublier qu’on est dans un élément qui n’est pas le sien, il faut composer avec le climat, le temps, les courants… » et la profondeur à laquelle se trouve l’épave. « On ne reste que 10 mn à 40 m avec de l’air non mélangé, il faut donc être deux fois plus efficace qu’en surface. » Mais la découverte est d’autant plus frappante, « Un jour, sur une barque romaine, la tête dans le sable, on dévase une lampe, avec des scènes de vie, l’imaginaire travaille à une vitesse folle : d’où vient cette lampe, entre quelles mains est-elle passée ? ». La joie le dispute parfois à la gêne liée aux conditions de travail, « J’ai plongé avec des requins, des raies, mais le pire, pour moi c’est le monstre du Rhône, les silures » sans oublier que plonger dans un fleuve en activité commerciale, c’est s’exposer à se faire happer par le courant provoqué par une hélice de bateau... Comme quoi à chercher l’aventure au bout du monde, c’est dans la rivière d’à côté qu’on trouve parfois autant de monstres que de merveilles !
Et César se dévoila…
Depuis de nombreuses années, Luc Long et son équipe, dont Alexandra Barbot fait partie depuis dix ans, fouille les fonds du Rhône autour d’Arles, qui était un haut lieu de transbordement. Les navires ne pouvant pas remonter le fleuve, on mettait des cargaisons sur des barges au tirant d’eau plus faible. Le programme au long cours de Luc Long consistait à élaborer des cartes archéologiques des fonds. C’est dans le cadre de cette prospection qu’une découverte majeure a été faite. « En août 2007, un des membres de l’équipe de Luc Long, conservateur au Drassm (1) a mis au jour, au cours d’une mission à laquelle je participe chaque année dans les eaux opaques du Rhône, un portrait qui pourrait s’avérer être celui de Jules-César. Une découverte majeure pour l’archéologie sous-marine française qui vaut tous les trésors du monde. En même temps, c’est étrange de ne s’intéresser qu’à des éléments de la vie quotidienne du passé pour reconstituer une histoire et de se trouver au milieu du Rhône face à face avec l’Histoire ». Une première pour la jeune archéologue qui espère beaucoup de la prochaine campagne. L’aventure a déjà fait l’objet d’un reportage dans l’émission “Des racines et des ailes”. Les producteurs préparent un 120 minutes sur le même sujet, visible sous peu. (1) Département de recherches subaquatiques et sous-marines créé par André Malraux en 1966.
Sophie Boudet
(1) Institut national de recherches archéologiques préventives.
"Celui qui se rend point compte de ce qui s'est passé pendant trois mille ans végète dans les ombres de l'ignorence et se borne à vivre au jour le jour." GOETHE

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